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    ATHMANE MAZOUZ, DÉPUTÉ ET CHEF DU GROUPE PARLEMENTAIRE DU RCD À BÉJAÏA : «Le pouvoir veut ghettoïser le RCD dans l’Algérois et la Kabylie de peur d’une contamination démocratique des autres régions du pays»

    Posté par rcdtubirets le 6 septembre 2010

    Sous le thème «Activités du groupe parlementaire du RCD : contraintes et défis», Athmane Mazouz, député et président du groupe parlementaire du RCD, a animé dans la soirée de samedi dernier une conférence-débat au siège de la section communale du Rassemblement à Béjaïa.
    A. Kersani – Béjaïa (Le Soir) – Le député de Béjaïa a entamé sa communication par une brève rétrospective sur les raisons ayant prévalu dans la participation et la présence du RCD au sein de l’institution parlementaire. Athmane Mazouz a rappelé à l’occasion les «diverses formes de pression», selon lui, que son parti avait «subies» lors de l’élaboration de ses listes électorales. Parlant des contraintes que le parti de Sadi a eu à affronter à l’issue des législatives de mai 2007, le conférencier a cité, dans la foulée, le cas du rejet de certaines candidatures, à l’instar de celle du militant d’Alger Abdelmadjid Azzi, ancien maquisard, syndicaliste et ancien secrétaire général de la Fédération nationale des retraités. «Malgré les intimidations et les contraintes, le RCD, par défi et résistance, a tenu à participer à ce rendez-vous électoral dans le souci d’accéder à une tribune où le message de l’opposition peut être audible, pesant et catalyseur », souligne le député et président du groupe parlementaire du Rassemblement. Évoquant les résultats des élections de mai 2007, le conférencier a affirmé qu’ils ont révélé «une autre fois la véritable nature du régime, caractérisé par une fraude massive et généralisée». «La fraude a accouché d’une pollution de la représentation nationale », note dans son intervention l’orateur, tout en soutenant que son parti a été dépossédé de nombreux sièges dans plusieurs wilayas du pays. «Dans sa logique, le pouvoir a révélé une volonté manifeste de ghettoïser le RCD au niveau de l’Algérois et de la Kabylie de peur d’une contamination démocratique des autres régions du pays», poursuit le chef du groupe parlementaire du RCD qui estime qu’à travers les 19 sièges arrachés par son parti, «le régime adresse trois messages importants ». Des messages qui se résument, explique-t-il, en un empêchement du RCD d’accéder à l’initiative parlementaire par la proposition de loi qui requiert au minimum 20 députés, un avertissement à l’adresse de l’opposition qui consiste à dire que rien ne pourra se faire en dehors de sa volonté, synonyme de docilité et de soumission et la tentation d’isoler le Rassemblement de l’opinion publique en le maintenant au niveau du score de 1997. Abordant le chapitre lié aux défis du RCD à l’Assemblée, Athmane Mazouz a dit que le groupe parlementaire de son parti entend, face aux contraintes évoquées, combattre lors de cette sixième législature «la fatalité de l’inertie et de la soumission qui caractérisent le pouvoir en assumant clairement sa fonction tribunicienne et en menant une politique ferme contre l’alliance présidentielle et ses alliés». Le député du RCD a rappelé que durant ces trois années d’exercice, le groupe parlementaire de son parti a su imposer par sa crédibilité et son engagement une ligne qui tranche clairement avec ses engagements pris devant la population. Pour mieux étayer le combat quotidien des parlementaires du RCD, Athmane Mazouz a signalé que son parti est l’une des rares formations politiques à dénoncer la fraude. Il a cité, entre autres, le vote contre la validation des mandats des députés au début de la législature et la dénonciation du «viol» constitutionnel du 12 novembre 2008. «Une date propre aux agendas des despotes comme l’est Bouteflika qui fera sombrer inéluctablement le pays dans une aventure politique et institutionnelle et précipitera la nation dans la régression sociale, l’instabilité, le marasme économique et le discrédit international», martèle le conférencier. S’agissant toujours des actions parlementaires du groupe RCD, l’orateur a noté les interventions de dénonciation de ses pairs députés du Rassemblement contre «la régression alarmante du pouvoir d’achat des Algériens, la corruption et l’opacité à Sonatrach, les placements occultes à l’étranger, les dopages financiers de ministères clientélistes, le détournement des fonds affectés à l’agriculture et les violations des libertés». «Faisant face à un régime qui n’est pas près d’accepter les règles universelles de l’exercice démocratique, à la confiscation du pouvoir, aux violations multiples et massives des droits, nous disons que, sans l’effectivité de l’alternance démocratique, qui doit être l’oxygène de la démocratie, l’Algérie est condamnée à dépérir et à périr», a conclu le chef du groupe parlementaire du RCD avant de répondre aux différentes questions de militants et sympathisants du parti de Sadi présents à la réunion.
    A. K.

    Source: Le soir d’Algérie. lundi 06 septembre 2010.

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    Publié dans Contribution | Pas de Commentaire »

    La crise et le miracle

    Posté par rcdtubirets le 31 août 2010

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    La saison estivale n’aura que très modérément réduit les irruptions médiatiques engendrées par la publication du livre «  Amirouche, une vie, deux morts, un testament. » Si l’on veut être optimiste, on peut  en conclure que la profusion des interventions témoigne de la soif des Algériens de comprendre un passé dont ils ont été dépossédés et par lequel on les a soumis. Si l’on s’en tient à la nature de la grande majorité des productions, force est de constater que la plupart des auteurs se sont saisis de la parution du livre qui pour régler des comptes, qui pour jeter l’anathème sur mon initiative en vue de maintenir, d’une manière ou d’une autre,  la chape de plomb sur la mémoire algérienne. Il est pourtant utile de reprendre quelques unes des dernières sorties car, si elles ne traitent pas de l’objet auquel invite l’ouvrage, elles dévoilent des ressentiments ou des insinuations voire, pour certaines, des aveux qui sont autant d’indices sur l’état de santé morale et politique d’une partie de notre société.

    J’ai retenu trois commentaires et deux réactions de quotidiens dont l’analyse constitue un éclairage de l’état d’esprit qui anime certaines de nos élites : il s’agit de la querelle lancée par M. Addi Lahouari autour du contrat de Rome, de la plaidoirie de M. Téguia sur le bilan de Boumédiene et, par extension, de ses soutiens, de la montée au créneau d’un professeur de médecine à Oran, M. Farouk Mohamed- Brahim et, enfin, des positions des journaux « Ech Chourouk » et « le quotidien d’Oran ».

    Le boumedienisme monomaniaque de M. Mabroukine n’est pas, en dépit des apparences, ce qu’il y a de plus ubuesque dans cette effervescence politico-médiatique. En déclarant que l’homme du 19 juin était trop grand pour le peuple algérien, qu’il était fondé à se doter d’une armée des frontières pour s’imposer dans l’après-guerre et que cette armée était plus légitime que le GPRA dont elle était supposée dépendre, en décrétant qu’il n’a commis ni coup d’Etat, ni crime ni abus et que Bencherif a séquestré les dépouilles des colonels Amirouche et Haoues à l’insu de son idole, M. Mabroukine s’inscrit dans une démarche irrationnelle qui n’a pas lieu d’être appréhendée dans un débat politique.

    La rancœur comme raison de vivre

    Plus problématique est l’intervention de M. Téguia. Massive et compulsive comme le sont souvent les sorties des néo communistes algériens, l’écrit  porte la marque d’un stalinisme « spécifique » qui cumule confusion calculée, brutalité et rancœur.  Ceux qui ont trouvé la force de suivre le feuilleton de M. Téguia en furent pour leur frais. Beaucoup s’interrogent encore sur ses motivations, le sens de son message  et ses objectifs.

    Pour avoir croisé les derniers adeptes du rêve communiste en Algérie, je crois faire partie de ceux qui peuvent encore prétendre décrypter un refoulé qui se révèle épisodiquement chez ces nostalgiques dans des incursions qui prennent prétexte sur ce que disent ou font les autres pour éviter d’avoir à se retourner sur leur passé.

    Ils ne revendiquent pas, en tout cas ils ne l’assument pas clairement, l’héritage du parti communiste algérien sur lequel je reviendrai. Véritables autostoppeurs de l’Histoire ( il n’y a rien de péjoratif dans mon propos), ils vivent d’occasions que peut offrir l’activité d’un parti ou l’initiative d’un responsable ( de préférence de l’opposition démocratique) pour se manifester, juger et, surtout, tenter de faire passer un discours qui ne trouve, par ailleurs, ni opportunité pour se déclarer ni auditeurs pour s’y intéresser. Nous allons voir par la suite par quels procédés ils opèrent. Mais essayons d’abord de saisir quelles sont les principales idées que M. Téguia a voulu distiller.

    1er) Il n’y a pas de place pour la critique ni même l’évaluation du bilan de Boumédiene qui n’a commis, nous apprend M. Téguia, que de « minuscules erreurs ». Exit les putschs, les assassinats, la corruption d’Etat, encouragée dès lors que le prédateur renonçait à l’action politique, ignorés les fraudes électorales…

    2eme) L’Algérie qui n’a pas su être digne du MDS, du CCDR et de l’artifice des arouchs paiera chèrement une telle désinvolture.

    3éme) La solution à la crise algérienne est simple. Il suffit de concevoir un bon mercato politique qui ferait de l’armée une équipe multipartisane où le MDS trouverait une place, fut-ce sur le banc des remplaçants, pour que, du jour au lendemain, notre destin s’accomplisse enfin.

    4éme) Celui qui a privé la nation de toutes ces lumineuses trouvailles n’est autre que le RCD qui n’a pas su apprécier ni voulu appliquer des préceptes aussi miraculeux.    

    Fort heureusement pour les forces progressistes algériennes, il est arrivé, dans le passé, au mouvement communiste d’avoir des idées et des propositions un peu moins fantaisistes.

    Analysons maintenant la méthode utilisée pour se poser a priori comme un simple débatteur  concerné par un livre sur l’histoire contemporaine de notre pays avant de dériver vers une rumination  célébrant son propre panégyrique par la disqualification de l’autre. En se démarquant des attaques des agents du MALG, de trois historiens, de M. Addi Lahouari, de M. Kafi ou des autres hussards de la plume dérangés par le fantôme d’Amirouche, M. Téguia, quoiqu’il prétende au départ, ne leur reproche ni leur sectarisme, ni leur volonté de garder leur monopole sur l’histoire ni même leur antikabylisme. En vérité, il leur en veut de l’avoir précédé dans la besogne et, accessoirement, d’avoir été par trop maladroits dans la charge. Avant lui et sur un autre registre, nous nous souvenons tous de la sortie de M. Belaïd Abdeslam, revenu comme chef du gouvernement, et qui, voulant neutraliser l’intégrisme dans les années 90, déclarait : c’est nous qui réaliserons la chariâa. Le problème n’était donc pas le risque que faisait peser sur le pays la théocratie, dénoncée explicitement par le congrès de la Soummam dont il se réclamait, mais de ne pas être devancé dans la mise en œuvre  du chantier. En l’occurrence, il eut fallu selon M. Téguia, le laisser, lui, le néo communiste, travailler l’affaire avec  une approche « rigoureusement scientifique » avertit-il. En effet, il reprend  à son compte tous les arguments de ses prédécesseurs en les agrémentant de citations d’auteurs et d’acteurs systématiquement tronquées ou isolées de leur contexte, allant jusqu’à nous suggérer que Ben M’hidi était, en fait, un communiste qui s’ignorait.  

    La confusion comme méthode

    En déplorant  le fait que pas un intellectuel, pas un artiste pas un dirigeant politique pas un homme de religion n’ait condamné la séquestration des ossements d’Amirouche et de Haoues, ce qui, au fond, est au cœur de mon livre, je ne faisais rien d’autre que d’énoncer une évidence tout en estimant qu’une telle démission ne pouvait pas être signifiante d’une santé politique qui protège les sociétés des pires régressions. M. Téguia qui ne nie pas le fait se saisit de mon appréhension pour entamer un interminable monologue où il se pose des questions, donne ses réponses et, quand il n’en a pas assez, s’invente des sénarii pour assouvir ses fantasmes. A sa décharge, M. Addi Lahouari ne fait rien d’autre en refusant de répondre aux sujets sur lesquels l’avait interpellés le député H. Saheb.

    Mon livre recourt, entre autres, à de nombreux  témoins pour établir la biographie d’Amirouche. M . Téguia qui ne daigne rencontrer aucun d’entre eux s’interroge sentencieusement : « qu’est ce qui nous dit que ces témoins ne nous mentent pas ? » suggère-t-il, avant d’en déduire : « s’ils nous mentent, nous devons savoir pourquoi. » On ne peut qu’admirer le syllogisme. Avant d’être radicalité politique criminelle, le stalinisme assumé est d’abord une déviance intellectuelle. Je ne résiste pas à l’envie de rapporter ce témoignage de Soljenitsyne où M. Téguia pourrait se reconnaître même si, on l’imagine sans peine, les ouvrages de l’auteur de « l’archipel du Goulag » ne figurent pas parmi ses lectures préférées. Un juge de l’union soviétique s’adressant à un citoyen soupçonné d’anticommunisme déclare : « nous n’avons pas de preuves contre vous. Si nous ne les avons pas trouvées c’est que vous les avez cachées. Si vous les avez cachées c’est que vous êtes coupable. »

    Connaissant de longue date le conditionnement de nos intellectuels organiques, j’ai veillé, et je l’ai annoncé dans l’avertissement  de mon livre, que je n’ai gardé que les témoignages des personnes encore en vie. Au lieu de se rapprocher de ces acteurs pour vérifier la teneur de leur propos, M. Téguia s’occupe de savoir pourquoi ils nous mentent ! Plus de trois cent titres de la presse couvrant la période 1950-1959 consultés, des documents inédits accablants ses mentors n’ont pas ébranlé un seul instant un Téguia muré dans ses certitudes et qui décide que le livre est insuffisamment documenté !  « Qu’est ce qui nous garantit, assène-t-il, que ces documents ne sont pas des faux ? » Il suffisait pourtant d’aller aux sources où ils sont toujours disponibles. Trop simple. Le but n’est ni de vérifier, ni de compléter une information. Il s’agit de fausser le débat pour délivrer son message.

    Bardé de son lexique de citations, M. Téguia nous explique qu’il est « scientifiquement » inexact d’accuser de quoi que ce soit Boussouf et Boumediene car devant la marche de l’histoire, qu’en bon marxiste il nous invite à appréhender dans la globalité, la responsabilité des individus n’a pas lieu d’être évoquée. Outre qu’un tel prisme réduit la vision marxiste des choses, M. Téguia ne se gêne pas pour tordre le coup à son sacro-saint principe quand il faut se faire plaisir. Dans la foulée du livre sur Amirouche, M. Djeghaba, ancien responsable du FLN, ayant soutenu le devoir de tout Algérien de témoigner, se fait reprendre sèchement par notre critique qui lui impute le «  funeste article 120 » sommant, on s’en souvient, les militants communistes d’adhérer au FLN s’ils voulaient postuler à des postes de direction. Quand les camarades sont touchés, la responsabilité personnelle, au demeurant toute relative de M. Djeghaba à l’époque, est dénoncée sans nuance et au diable « la marche de l’histoire » qui entraîne les individus au-delà de leur volonté. M. Djeghaba qui a eu l’honnêteté de dire avoir pris du recul sur la vie politique algérienne et même sur son propre parcours, a estimé que la restitution du FLN à la mémoire collective lui apparaissait  comme un premier pas pour l’établissement d’une vie publique crédible et apaisée. Beaucoup d’Algériens, parmi lesquels le président Boudiaf auquel s’agrippe M. Téguia, ont dit la même chose que M. Djeghaba. Mais ce dernier a commis l’irréparable. Il a osé soutenir que le citoyen que j’étais avait le droit et même le devoir de parler. Or, pour notre néo-communiste, l’histoire n’est pas un espace commun soumis à éclairage et débat ; c’est un levier que l’on actionne pour essayer de  faire basculer des situations contraires. Et les droits et devoirs ne sont énoncés et octroyés que par les détenteurs autoproclamés de la « pensée scientifique ». On observera au passage que le dit article 120 ne fut déclaré « funeste » qu’à partir du moment où il mettait au pas les communistes. Jusque là, les adhérents du PRS, du FFS du MDRA et, plus tard, du MCB étaient marginalisés et broyés sans que les «  compagnons de route » du FLN n’aient rien trouvé à redire.

    Stalinisme et déni de réalité

    Je dois cependant à la vérité de rappeler que d’authentiques communistes avaient, à l’époque, essayé, en vain, d’attirer l’attention de leurs jeunes camarades, récemment convertis, sur une compromission qui était moralement inadmissible et, même, tactiquement dangereuse.

    Voilà donc Boussouf et Boumediene exonéré de l’étranglement d’Abane, des exécutions des colonels des Aurès, du capitaine Zoubir et du colonel Chabani, des assassinats de Krim Belkacem et de Khidder pour ne parler que des crimes les plus connus ; crimes donnés par M. Téguia comme « d’insignifiants détails » justifiés par la  «  marche de l’histoire ». Parallèlement, M. Djeghaba est cloué au pilori en tant qu’auteur de l’article 120. J’insiste à dessein sur le propos de M. Téguia car, plus que d’autres, il montre comment, même à froid, la rancœur et  l’aveuglement  politiques peuvent amener un homme à couvrir voire justifier le crime. Il convient de dire, cependant, que cet écrit n’est pas le plus péjoratif pour ce qui est de l’avenir national; je dirai plus loin pourquoi et reviendrai sur les signaux les plus dangereux pour la perspective algérienne apparus dans cette tornade.

    Je sais que je n’arriverai pas à amener M. Téguia à prendre de la distance par rapport à tout ce qu’il revendique, explicitement ou implicitement, de l’époque de Boumediene. Mais qu’il accepte seulement d’entendre lui, le féru de citations ampoulées,  ces propos d’un Algérien mort pour avoir voulu vivre en tant qu’intellectuel rigoureux et autonome. C’était pendant l’été 1992. Le pays était sous le choc de l’assassinat du président Boudiaf. Nous étions attablés à quatre sur une terrasse  d’un café d’ Azzefoun. Il y avait avec nous le comédien Fellag qui n’avait pas encore atteint la notoriété internationale qu’on lui connait aujourd’hui et nous devisions sur ce qui avait pu mener un pays comme l’Algérie à un tel cataclysme. Puis à un moment, de sa voix douce et mesurée, Tahar Djaout, puisque c’est de lui dont il s’agit, resté longtemps silencieux, lâcha : «  on peut prendre l’affaire sous tous les angles, on arrivera à la même conclusion : c’est Boumediene qui a miné le terrain. Dans les pays liberticides quand l’école est abandonnée à l’intégrisme, la suite est inévitable. » M. Téguia pourra vérifier  ce témoignage auprès de  Fellag ou de la quatrième personne, A.T, un enseignant, aujourd’hui conseiller au ministère de l’éducation. Mais n’étant pas de sa secte politique, Tahar Djaout, naturellement, ne saurait avoir un avis « scientifique ».

    Sur de son fait, M. Téguia me fait le reproche d’avoir rapporté en quoi et comment Bourguiba avait pris ses distances avec un Nasser hégémonique, préférant inscrire sa réflexion et son action dans un cadre nord-africain qu’il savait plus homogène historiquement et, estimait-il, plus fiable politiquement. Là encore, M. Téguia ne nie pas les faits. Il m’interdit de les analyser, moi « le social démocrate, anti soviétique et anti arabe » vendu aux Américains.  Je vais vous aider dans vos récriminations M. Téguia : Bourguiba, en dépit de sa fin de règne délétère, était un homme d’Etat et Boumediene – aujourd’hui, même ceux qui l’ont suivi et redouté le confessent – ne fut qu’un homme de pouvoir. J’ai essayé de démonter dans mon livre en quoi les deux statuts étaient différents et même opposables. Pendant que Boumediene préparait l’armée des frontières pour soumettre le pays après l’indépendance, Bourguiba pensait à l’école et au statut de la femme.

    Communisme algérien : un patrimoine à préserver

    Nous ne cultivons pas les mêmes valeurs, nous ne partageons pas les mêmes opinions, nous n’avons pas le même vécu et n’aspirons pas au même avenir. Vous me reprochez de vouloir «  moraliser la politique ». Je plaide coupable. Défendez vos idées et acceptez que j’en fasse autant. En quoi de consacrer l’essentiel de votre énergie à vitupérer contre les uns et les autres ferait-il avancer vos positions dans le pays. Comment osez-vous, aujourd’hui encore, essayer de vous convaincre que « le réalisme du RCD l’a souvent amené à rejoindre, en retard, les solutions utopistes du MDS et du courant qu’il incarne. » Quand un acteur politique en vient à se mentir à lui-même aussi effrontément c’est qu’il a quitté le royaume de la raison. Au moment où le RCD et « le courant qu’il incarne » se battait pour le pluralisme politique, vous faisiez partie de ceux qui disaient que le multipartisme était « une manœuvre de la réaction qui menace la révolution ». Quand nous étions licenciés, emprisonnés et torturés pour avoir dit que l’honneur de notre pays c’était d’assumer son identité pleine et entière, vous demandiez « un châtiment exemplaire contre les diviseurs de la nation, réactionnaires et alliés de l’impérialisme ». Quand nous revendiquions la laïcité comme unique bouclier contre la dérive intégriste, vous nous dénonciez en tant que provocateurs qui n’ont pas compris que le FIS « exprimait l’Islam des pauvres ». Il n’y a pas de plaisir à le dire mais il faut chercher longtemps dans le catalogue politique algérien pour trouver un parti qui s’est autant fourvoyé. En politique, le problème n’est pas dans l’erreur, il est dans l’égarement. Fort heureusement, les militants et les cadres de l’ex-pags ont, pour leur grande majorité, tiré des enseignements plus lucides de leur expérience. Aujourd’hui, le dialogue avec eux est intelligible, loyal et fécond.   

    Auparavant, j’avais eu le plaisir d’avoir rencontré des Algériens, militants communistes convaincus et assumés, dont le back ground s’exprimait par autre chose que les raccourcis, les déclamations sentencieuses et autres chimères auxquelles s’abreuve  M. Téguia. Ils ont pour nom Bachir Hadj Ali, Abdelhamid Benzine ou Sadek Hadjeres. Ils ont lutté courageusement contre le colonialisme et souffert de l’intolérance de leurs frères. Ils furent à l’origine de belles réalisations comme « Alger républicain ». Ils eurent un comportement digne et surent, la mort dans l’âme, admettre les limites de leur engagement et de l’impact de leur doctrine en Algérie. Pour autant, ils n’ont jamais cédé à la rancœur qui vous envahit M. Téguia. Dignes et humbles, ils ont demandé, souvent en vain, à exister et être entendus. Ils ont fait l’inverse de ce que vous commettez : vouloir se consoler en accablant les autres de ses échecs.

    La longue diatribe de M. Téguia a pourtant un mérite. L’histoire du communisme en Algérie doit être écrite par celles et ceux qui y ont cru et s’y sont donnés avec dévouement et sincérité. Faute de quoi, elle risque de connaître le sort de l’histoire nationale en général : être confisquée par des néophytes voire des charlatans, privant le pays d’une partie de sa mémoire politique. Il y a quelques années de cela, je rencontrai Sadek Hadjres en France. Il m’a affirmé vouloir s’employer à écrire ses mémoires et même continuer à donner son avis sur l’évolution nationale. J’espère que la santé ne le trahira pas avant qu’il ait accompli cette ultime et belle tâche.  

    Aveuglement suicidaire

    Opposées en apparence, les attaques de M. Addi Lahouari et celles de M. Téguia sont intellectuellement symétriques. Le premier me dénonce pour ne pas m’être rallié à Sant’Egidio, le second me condamne sans appel pour avoir gâché sa jubilation devant le bilan de Boumediene. M. Addi nous explique que la connaissance de notre peuple est directement proportionnelle à la distance qui vous sépare de lui : plus on s’en éloigne, mieux on le comprend ; M. Téguia annonce que plus on échoue plus on a raison. Tout cela, après la publication d’un livre sur Amirouche ! Dire qu’un autre chemin est possible et refuser d’hiberner dans des niches vécues, à un moment ou un autre de notre histoire ( contrat de Rome pour l’un et charte nationale pour l’autre ), comme « une option irréversible » est en soi inadmissible pour les deux « scientifiques ».  

    L’aventure romaine et le pouvoir de Boumediene relèvent déjà du jugement de l’Histoire. Essayer de justifier son engagement pour l’un ou l’autre de ces sujets peut s’entendre. En maquiller les méfaits relèverait d’un jeu compréhensible. Vouloir interdire aux autres, en 2010, d’émettre leur opinion sur ces deux dossiers a quelque chose de pathétique.

    Salafisme d’Etat

    N’avoir que le RCD à cibler après la publication d’un livre sur le colonel Amirouche témoigne d’une rupture d’intelligence. Au même moment, un débat vital s’engage dans nos villages pour réhabiliter une vie religieuse faite de tolérance et d’humilité et délivrer la collectivité d’un salafisme négateur de l’homme, de la nation et de la patrie. Comme d’habitude, il faudra attendre encore quelques années de lutte avant de voir MM. Téguia et Addi Lahouari découvrir les vertus de l’Islam populaire et se poser ensuite en avant-gardes des grandes luttes engageant les questions sociétales.  La précipitation des évènements à Aghribs – qui n’est pas sans liaisons avec la sortie du livre – où dix sept (17) activistes, puissamment financés d’on ne sait où, ont voulu imposer à 3500 citoyens une caserne salafiste, a finalement révélé, que pour la seule Kabylie, plus de 110 villages vivent la même provocation. Des informations crédibles font état d’incursions identiques aux Aures. Il est fort probable que d’autres contrées d’Algérie sont touchées à des degrés divers. 

    Fort de l’expérience de leurs concitoyens d’Aghribs, les hameaux se regroupent, se concertent et organisent la riposte. L’internationale islamiste qui, elle, sait qu’elle joue à cette occasion une partie décisive a mobilisé toutes ses structures et annexes : journaux et partis en Algérie et relais à l’étranger où les chaînes satellitaires comme El Djazira ont orchestré la désinformation. Mais dans cette affaire, le plus dérangeant est ailleurs. Pendant deux ans, les pouvoirs publics, alertés par pas moins de 78 plaintes n’ont pas réagi. Quand on connait comment, par qui et pourquoi a été crée le journal Ech-Chourouk qui s’abîme dans une propagande digne de l’époque coloniale dans cette opération, on ne peut que vérifier la réalité d’un salafisme d’Etat qui surfe sur les incursions intégristes internationales, s’en accommode, les encourage pour réduire l’influence des partis ou des espaces porteurs d’alternative démocratique, croyant pouvoir intervenir quand les intérêts du pouvoir seront directement menacés. On sait déjà où nous a mené ce genre de calcul. Une fois de plus c’est le village, le quartier ou, accessoirement, l’émigration qui anticipent et se battent sur un chantier capital face à une démission de ceux qui sont supposés voir et prévenir les périls. J’ai eu l’occasion de dire que nous vivons dans un pays où le niveau du citoyen est supérieur à celui du dirigeant. On peut s’en désoler ou s’en réjouir mais l’histoire vient encore de confirmer le constat. Pas un intellectuel, pas une ONG, exception faite du robinet d’eau tiède ouvert par M. Ksentini. ( Il m’a cependant certifié au téléphone n’avoir pas tenu les propos que lui a prêtés le quotidien Liberté ) ,n’a cru utile, ne serait-ce que par curiosité, de s’intéresser à ce qui est pourtant un enjeu vital pour le pays ; car ce qui s’est passé à Aghribs n’est que l’infime partie de l’iceberg salafiste. J’imagine qu’en déplorant ce silence, M. Téguia relancera sa rengaine en me refaisant le procès de celui qui déteste les intellectuels. Une contamination d’Amirouche, sans doute. Si au lieu de ruminer pendant trois mois contre le combat du RCD, MM. Téguia et Addi Lahouari étaient allés sur le terrain pour voir comment vit, agit et réagit leur peuple, ils auraient pu découvrir, analyser et comprendre ce à quoi aspirent  leurs concitoyens et ce qui les menace.

    En l’espace de trois mois le RCD a mis sur la place publique le traitement de l’histoire dans notre pays, la délicate question des traditions religieuses et de leur place dans la cité et lancé l’idée de la création de sites de partage et d’échange économiques et culturels solidaires pour recréer de la convivialité dans une société rongée par l’arbitraire, la censure et l‘isolement, générateurs de tant de violence et de régression. L’administration, si laxiste devant les appels au meurtre des salafistes, a tout fait pour empêcher, censurer ou perturber les initiatives du Rassemblement.  Quand un parti joue son rôle dans un climat politique où le pouvoir ostracise toute initiative de l’opposition, on est en droit d’attendre de ceux dont c’est la mission d’anticiper et de défricher les chemins par leur audace et leur savoir de ne pas toujours se tromper de cible.

    Nation algérienne : un projet hypothéqué

    Les égarements si fréquents de nos élites expriment avant tout une impuissance. Il convient de les identifier, de les décoder mais ils ne devraient pas nous préoccuper outre mesure. Ils révèlent la lassitude, le dépit ou l’isolement d’une pensée exilée ou enkystée. Faute de revendiquer leur rôle de prospecteur des causes et des responsabilités de l’impasse nationale, ils se défaussent sur ceux qui se battent et qui, de toute façon, ne risquent pas de leur nuire. Plus généralement, ils préfèrent se réfugier dans des généalogies éthérées ou des causes consensuelles. Il est plus facile de se définir comme arabe que de s’assumer en tant qu’Algérien et il est plus commode de se positionner autour des dossiers irakiens ou palestiniens que de s’immerger dans la complexité algérienne. Encore que pour ce qui concerne la question palestinienne, leur relation avec le Fatah est de plus en plus ambiguë pour ne pas indisposer le Hamas. Pendant la crise de Ghaza, je fus le seul responsable à avoir reçu le délégué de l’Autorité palestinienne à Alger et le président Mahmoud Abbas a attendu, en vain, un appel de la Présidence algérienne. Cette fuite qui a ses conforts, porte en elle-même ses limites. A qui et à combien peuvent, en effet, parler les diversions polémiques de MM. Addi et Téguia dans une Algérie jeune, fascinée par l’exil et inondée par les chaînes moyen-orientales, véritables fléaux pour une Afrique du nord à la dérive ?

    Le traitement de ces deux interventions n’a, en vérité, pas d’autre objectif que de rappeler le déphasage des rares observateurs nationaux qui traitent encore de leur société. Ce prurit intellectuel qui prive le pays de débats à la mesure des enjeux n’est malheureusement pas ce qu’il y a de pire pour l’avenir. Des discours autrement plus toxiques, émanant de  cadres qui s’expriment sans contraintes ou des positions de media crées et / ou sponsorisés par divers clans du régime posent crument la problématique de la réalité et de la viabilité du projet national algérien. Il en est ainsi de l’intervention livrée par le quotidien d’Oran le 05 juin, sous la plume de M. Farouk Mohamed-Brahim, Professeur de médecine exerçant dans la capitale de l’ouest. Son texte est une sorte de concentré des travers de tous les autres. Il se résume à deux choses : un antikabylisme pathologique et une injonction me sommant de rester dans le sillon du combat et de laisser les projections et la gestion du destin algérien à ceux dont le pouvoir est la fonction naturelle. Le professeur Farouk Mohamed-Brahim me reproche d’avoir trop parlé de la Kabylie en traitant de la wilaya 3 ! J’ai, selon lui, aggravé mon cas en donnant des citations en Kabyle dans mon livre; Amirouche, tout le monde le sait, parlant en javanais antique dans sa wilaya. Pire que tout, note mon censeur, il m’est arrivé de parler de « chef kabyle » en nommant le colonel Amirouche. Auparavant, j’avais évoqué le « chef aurésien » s’agissant de Ben Boulaïd, le « responsable constantinois » pour Zighout sans que ces termes n’aient choqué mon honorable confrère. Il y a une terrifiante logique dans cette fixation. Pour M Farouk Mohamed-Brahim les mots Kabyle ou Kabylie ne désignent pas un habitant ou une région de son pays. Chez lui, ces termes n’ont qu’une seule et unique résonnance et elle est anti arabe. Dès lors qu’il s’estime menacé, il doit se défendre et, face à l’ennemi, toutes les « contre-attaques » sont légitimes. C’est bien connu, le racisme le plus grégaire puise sa violence dans la peur de l’autre. Et pour corser le tout, « le quotidien d’Oran » qui avait publié une douzaine d’interventions, toutes hostiles au livre, refusa le point de vue d’un journaliste, S. Chekri, qui, ne voulant pas abuser des colonnes de son journal, adressa une réponse où il soulevait les contradictions et les aberrations d’un homme qui officiait comme enseignant hospitalo-universitaire. Le journal justifia son rejet, arguant qu’il revenait à celui qui avait été ciblé de réagir. On ne saisit pas, selon cette logique, pourquoi M.  Farouk Mohamed-Brahim, volant au secours de Ben Bella ou d’autres, avait été publié.  Ce titre ne peut pourtant pas être tenu pour un organe fondamentaliste. Mais le code régionaliste crypte les pensées les plus audacieuses. Et cette donnée, mille et une fois vérifiée, pose une vraie question : que signifie et que représente aujourd’hui, pour ces élites, l’idée de conscience nationale ? De toutes les agressions, de toutes les outrances qui ont suivi mon livre, le contenu de l’écrit de M. Farouk Mohamed-Brahim et les réactions du quotidien d’Oran et de Ech-Chourouk furent les évènements qui interpellent le plus, s’agissant de notre avenir collectif. Pour le titre francophone, les courageuses tribunes de K. Daoud ne suffisent hélas pas à rattraper les dérives chroniques du journal de l’ouest. Les furies récurrentes du quotidien arabophone qui ne manque jamais de stigmatiser la Kabylie en y amplifiant et, à l’occasion en y inventant, des sujets désignant cette région comme un danger national imminent  participent de cette intime conviction que combattre « le péril kabyle » serait à la fois une urgence, une nécessité et un devoir . Qu’un jeune Kabyle rompe le carême et c’est l’alerte. Que d’autres jeunes brûlent le Coran ou le drapeau ailleurs, Ech-Chourouk, qui tout d’un coup ne voit plus rien, ne peut s’interroger  sur les raisons qui ont poussé des Algériens à se rebeller contre des symboles d’une matrice à laquelle ils rattachent tous leurs malheurs. Et pourtant. Dans un cas nous avons à faire à un universitaire, dans un autre à deux média crées avec la bénédiction des « décideurs ». Aujourd’hui, il serait irresponsable de continuer à faire l’autruche et d’ignorer que l’idée nationale est sujette à caution. 

    Une fois de plus la jeunesse

    Dans cette avalanche de défoulement et de haine sur fond de conservatisme, il y eut des voix de braves qui se sont élevées. Elles sont, le plus souvent, venues d’hommes qui ont connu et servi sous les ordres du colonel Amirouche. Ils ont parlé pour essayer de dissoudre un demi-siècle d’opprobre déversé sur celui qui les avait protégés, guidés et souvent précédés devant les risques et les privations. Ils ont surtout dit leur douleur et leur indignation face à une forfaiture qu’aucun autre dirigeant algérien – et beaucoup ne furent pas, loin s’en faut, des enfants de cœur – n’a osé commettre : la séquestration des restes de deux héros.  

    Ces réactions, pour généreuses, dignes et salutaires qu’elles soient, ne furent pas les seules. Les jeunes dont on pouvait estimer qu’ils sont définitivement aliénés par une éducation nationale rétrograde, la censure et la désinformation ont manifesté, dans ce débat, un intérêt, une énergie et une intelligence qui sont à la fois l’espoir de l’Algérie et l’échec le plus patent du régime.

    J’ai reçu des mails laborieusement écrits qui appellent à plus de courage, plus de lumière et plus d’échanges.

     J’ai discuté avec des jeunes tentés ou revenus de la harga. Ils vivent leur aventure non pas, comme on le dit souvent, une initiative de désespoir mais un refus d’abdiquer et une volonté de vivre dans des normes et des valeurs de leur temps.

    Au mois de juillet, j’ai assisté à Tigzirt à deux regroupements rassemblant des étudiants du RCD originaires de 22 universités. Garçons et filles étaient venus pour se rencontrer, se connaître et s’apprécier malgré un enseignement qui les avait enfermés dans le sectarisme, la bigoterie et l’obscurantisme. Quand certains m’ont demandé de leur dédicacer mon livre, j’ai voulu m’enquérir sur leur capacité à lire et comprendre un ouvrage écrit en français, sachant que la plupart de nos étudiants entament leur cursus universitaire sans vraiment maîtriser cette langue. J’ai appris que des groupes se sont formés en dehors des ateliers pour faire des lectures collectives afin de mieux saisir le sens du récit. Que ces artisans de l’espérance se rassurent, la traduction du livre en arabe devrait être disponible avant le premier novembre.

    Pendant que le quotidien Ech-Chourouk et El Djazira s’adonnaient aux appels au meurtre contre les « ennemis de Dieu » dans l’affaire de la mosquée d’Aghribs, j’ai vu, dans ce village, 600 jeunes, chômeurs pour la plupart, revêtus d’un t-shirt frappé du nom du saint de leur localité, accueillir et servir le repas de bienvenue à 16 OOO fidèles venus des quatre coins du pays assister à l’inauguration de la mosquée restaurée de leurs ancêtres.  «  C’est notre manière de répondre au journal Ech-Chourouk », criera à la foule Mohand, un commerçant de 26 ans.

    Dans la polémique menée par l’internationale islamiste et ses relais algériens après l’inauguration de cette mosquée, ce sont les jeunes qui ont spontanément investi la toile pour dénoncer la désinformation et, images à l’appui, offrir aux observateurs du monde entier la ferveur populaire et l’adhésion de milliers de villageois à l’initiative de réhabilitation de leur culte.

    Nous nous rappelons tous de la formidable mobilisation des jeunes dans la rue et sur le net qui a suivi l’agression de l’équipe nationale de foot-ball au Caire pendant que le pouvoir et sa diplomatie, escomptant un miracle sportif, s’employait à conditionner les esprits pour aligner la nation derrière « le petit père des peuples ».

    C’est bien la jeunesse, segment social le plus ciblé par les instruments de déculturation du régime, qui s’avère y être la plus réfractaire et qui se mobilise pour se tracer des perspectives en dehors et, bien souvent, contre le système.

    « Mettez la révolution dans la rue et vous la verrez reprise par tout le peuple algérien ». C’est au moment où tout semblait perdu que, miraculeusement,  la prophétie de Ben M’hidi se perpétue à travers le groupe social le plus fragilisé.

    De même qu’Amirouche, issu des catégories historiquement déclassées, orphelin et privé de grandes études s’est avéré être un dirigeant d’exception, il se vérifie, une fois de plus dans l’histoire de notre pays, que ce sont les jeunes, exclus socialement et déclarés inéligibles aux débats, qui ouvrent la voie à l’espoir et…aux élites.

    Oui, il y a bien un miracle algérien.

    Auteur: Said Sadi
    Publié: 31/08/10.

    http://www.rcd-algerie.net

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    Synthése des activités du RCD pour le mois d’avril

    Posté par rcdtubirets le 29 août 2010

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    Le mois d’avril a été marqué par une intense activité du RCD. Il en est ainsi des marches populaires organisées par le Rassemblement dans les wilayas de Bejaia, Bouira et Tizi-Ouzou qui ont vu une adhésion massive de la population. La commémoration de ce 30e anniversaire du printemps amazigh, de l’avis de l’ensemble des observateurs, a replongé les populations de cette région dans la ferveur populaire, la tolérance et la communion qui avait marqué avril 1980. La réaffirmation des revendications et des valeurs fondatrices d’avril 80 et la demande de la refondation de l’Etat ont ravivé, cette année, chez les milliers de marcheurs la fibre du militantisme, de la citoyenneté et de la lutte.

    Les nombreuses conférences débats animées par l’encadrement du parti dans les différents chefs lieux de daïras et dans les campus universitaires de Kabylie et à Batna, Tipaza et Alger ont été l’occasion de jeter une rétrospective sur le message de 8o, ses véritables acteurs, ses acquis et ses implications. Les débats ont permis aux participants d’afficher leur adhésion à la proposition de régionalisation modulable à même de révéler les potentialités régionales tant sur le plan culturel qu’économique et social.

    Au niveau organique, MM Rabah Boucetta, Nadir Hammouche et Tahar Besbas respectivement SN à l’organique, aux PMI/PME et aux affaires sociales ont fait une sortie d’évaluation sur la wilaya de Djelfa.
    Pour sa part, M. Mohamed Khendek s’est rendu à Annaba pour l’évaluation des wilayate de l’extrême Est dans la perspective des échéances à venir.

    S’agissant de la gestion des élus locaux, Les communes où le RCD est majoritaire continuent de présenter leur bilan annuel en public comme cela fut annoncé lors des campagnes électorales.
    Par ailleurs, les représentants du RCD de l’APW de Tipaza ont démissionné pour cause de refus d’évaluation transparente de l’activité de l’Assemblée régionale. Les élus RCD de l’APC de Tizi-Ouzou ont également remis leur mandat au sein des commissions de l’exécutif communal face à l’opacité qui prévaut dans le traitement des dossiers au niveau d’une municipalité qui est le chef lieu de wilaya.
    Dans le chapitre des échanges avec les ONG, Mohcine Belabbas, secrétaire national à la communication et à la coordination, a pris part à un séminaire sur les nouvelles technologies d’informations organisé par le NDI au Maroc.

    Sur un autre registre et tout aussi grave les agressions dont été victimes les femmes de Hassi Messaoud dans le Sud ont amené le parti à réagir fermement contre une démission voire une complicité des pouvoirs publics face à des abus récurrents ciblant des citoyennes qui ont le malheur de vouloir travailler dans leur pays.

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    3 et 5 juillet : la manipulation fatale (Par Nordine Aït-Hamouda)

    Posté par rcdtubirets le 28 août 2010

    Le 3 juillet, jour effectif de notre indépendance, le colonel Mohand ou Lhadj plantait le drapeau algérien à Sidi-Ferruch, sur les lieux mêmes où débarqua l’armée coloniale qui allait mettre entre parenthèses le destin algérien pendant 132 ans. Par la suite, Ben Bella décida que la date officielle de notre libération devait être décalée au 5 juillet, reportant du même coup l’accomplissement de la souveraineté algérienne.
    Depuis, le pays survit entre les coups d’Etat, les scandales financiers, les révoltes avortées et le désespoir de la jeunesse. 48 ans après, presque jour pour jour, j’aperçus en face de l’Assemblée nationale un père qui menaçait de se jeter dans le vide quarante mètres plus bas avec ses trois enfants. Ancien policier, il était sans emploi ni logement. J’ai dû ruser pour pouvoir l’approcher, le ramener à la raison avant de l’accompagner dans des démarches qui lui permettraient de retrouver un semblant de dignité. Maintenant que les désillusions footballistiques nous ramènent à la réalité, nous pouvons retrouver notre quotidien avec ses amertumes, ses égarements et ses lâchetés. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un évènement vienne nous rappeler notre malédiction. En quelques jours, j’ai pu lire le courrier d’un citoyen anonyme dans El Watan, un communiqué du président de l’Association des anciens condamnés à mort, l’interview de monsieur Mahsas dans Echchourouk, une contribution d’un ancien trotskyste dans le Quotidien d’Oran et, pour boucler la boucle, deux interventions de M. Addi Lahouari, l’une publiée par le Soir d’Algérie et l’autre par un quotidien électronique ( le Quotidien d’Algérie). Ces positions illustrent, chacune à sa manière, la crise qui nous paralyse depuis un demi-siècle. Injurieuses pour certaines, révisionnistes pour d’autres, malsaines pour toutes, ces sorties n’ont ni ému, ni inquiété les gardiens du temple qui ont trouvé énergie, solidarité et colère pour appeler au lynchage de Saïd Sadi après la sortie de son livre sur Amirouche.
    La diabolisation et la rente
    Le citoyen anonyme reprend le slogan du MALG : tout Algérien issu de la Kabylie ne peut être qu’un dangereux régionaliste s’il ne maquille pas son origine. Le président de l’Association des condamnés à mort, M. Mostefa Boudina, monte au créneau pour nous apprendre que le pays est toujours sous la menace des ennemis du peuple, que l’Histoire a ses propriétaires et qu’il faut faire front contre les périls qui pèsent sur l’Algérie maintenant que «la nation a atteint sa vitesse de croisière» en matière de développement. Je connais bien M. Boudina. Ne voulant pas tomber dans le piège de la polémique primaire dans laquelle il veut nous entraîner, je lui épargnerai certains détails de son parcours qui lui ont permis de traverser toutes les turbulences de la politique algérienne depuis 1962. Je lui rappellerai seulement que dans les années 1980, mouhafedh, il pourfendait en Kabylie les opposants «alliés de l’impérialisme» qui attaquaient un Etat fragilisé. Il hurlait avec les maîtres d’alors pour exiger le silence de tous. Maintenant que le pays est, selon lui, en pleine croissance, il faut aussi se taire pour jouir de la prospérité ramenée par celui qui a fait de lui un membre du Conseil de la nation. En fait, la croissance concerne les comptes en banque de monsieur Boudina et de ses amis. Car ni les anciens condamnés à mort ni leurs enfants n’ont trouvé son écoute ou son soutien. Je l’informe que le fils de Saïd Babouche, le deuxième militant exécuté par la France coloniale, après le chahid Zabana, est décédé dans le plus grand dénuement il y a seulement un mois sans que le président de l’Association des condamnés à mort ait daigné adresser le moindre message à la famille. Il est vrai que Nacer Babouche n’avait pas su se mettre du côté de ceux qui savent profiter de «la vitesse de croisière» puisqu’il était avec nous en prison en 1985 lorsque nous avions créé la Ligue des droits de l’homme. Pour monsieur Boudina, même pour les condamnés à mort, il y a un premier et un deuxième collège. Monsieur Mahsas, pour sa part, reste fidèle à lui-même. Depuis 1955, il passe son temps à intriguer, insulter les héros martyrs et à assouvir ses haines. Abane, qui l’accusait, avec de bonnes raisons, d’être un danger ambulant pendant la guerre, est traîné dans la boue. Mahsas, qui fut arrêté et emprisonné en 1957 pour opposition aux résolutions et aux organes issus du congrès de la Soummam, c’est-à-dire de la Révolution algérienne, n’avait dû son salut qu’à l’intervention des services secrets tunisiens qui l’ont libéré et envoyé en RFA où il coula des jours paisibles jusqu’à l’indépendance, quand Ben Bella arriva dans les bagages de l’armée des frontières. Boumediène, qui l’avait longtemps pourchassé, se voit malgré tout salué comme un homme «innocent du sang d’Amirouche». Il y a toujours des priorités dans la vie. Les séquestrations des restes du colonel de la Wilaya III et de son collègue de la Wilaya VI sont passées par pertes et profits. M. Mehsas, incorrigible bricoleur politique, estime que les deux officiers n’ont eu que ce qu’ils méritaient. La séquestration est même implicitement assumée comme une sanction légitime. J’ai longuement hésité avant de rendre publiques les révélations d’un agent secret espagnol qui a bien connu M. Mahsas quand il était ministre de l’agriculture au lendemain de l’indépendance. Mais puisque M. Mahsas ne veut pas sortir des égouts autant l’y suivre un moment. A la page 173 du livre intitulé Cygne, mémoires d’un agent secret publié par les éditions Grasset en 1976, Gonzales Malta raconte comment «le ministre malhonnête» a détourné un million et demi de dollars qui devait servir à payer 150 000 moutons achetés par l’Algérie. Il fit payer les Espagnols par l’orge donné par les États-Unis au peuple algérien et «le million et demi de dollars était alors passé sur un deuxième compte, personnel cette fois, qui appartenait au ministre algérien », écrit l’agent espagnol. Evidemment, le compte en question a été ouvert en Suisse. Pour le reste des détails montrant la moralité du personnage qui enregistrait dans des situations délicates certains membres du gouvernement, je renvoie le lecteur au livre sus-cité. Cela fait 34 ans que ce récit a été publié, M. Mahsas n’a toujours pas daigné déposer plainte pour diffamation. Comment un homme qui a commis tant de crimes et qui s’est même mis au service d’une puissance étrangère pendant la guerre de libération, ose-t-il continuer à déblatérer en toute impunité sans que les instances supposées veiller à la protection de la mémoire des martyrs et la dignité de la nation ne pipent mot ?
    Le révisionnisme se dévoile
    Quant au nostalgique du MNA, qui invite les Algériens, à la veille de la commémoration de l’indépendance, à accorder à Messali le statut que les Sud- Africains reconnaissent à Mandéla, il a peut-être raison de se poser en dépositaire d’une mémoire algérienne vacante ou abandonnée à la manipulation. Les milliers de militants du FLN tombés en France et en Algérie sous les ordres de Messali et les balles de son chef militaire Bellounis sont des fantômes qu’il faut savoir oublier. Ni les Kafi, ni le MALG ou tous ceux qui ont déversé leur bile sur Saïd Sadi ne semblent inquiets ou offusqués par ces trahisons, ces impostures et ces amalgames. L’alerte de M. Si Ouali Aït Ahmed, ancien officier de l’ALN, publiée récemment dans le Soir d’Algérie, interpellant ses collègues quant aux risques qu’il y avait à démissionner devant ces agressions contre les symboles de la nation, résonne comme la voix d’un juste dans un monde gagné par la compromission et la lâcheté. Mais dans toute cette descente aux enfers, le signal le plus désolant et le plus inquiétant pour la nation est donné par l’universitaire Addi Lahouari. Les Algériens ont lu, dans le Soir d’Algérie, le texte de la conférence qu’il avait donnée à Tizi- Ouzou il y a trois semaines de cela. Il y déclara que «Saïd Sadi a délégitimé le pouvoir en écrivant un essai sur l’histoire» ; essai dont il avait salué la publication, ajoutant que le pouvoir «a été incapable de se défendre». On ne sait s’il a été «sensibilisé» depuis par son clan mais, le naturel revenant toujours au galop, il commet une interview dans un quotidien électronique où je laisse le lecteur apprécier la qualité intellectuelle et la rigueur morale de l’universitaire. Je cite M. Addi : «J’ai cherché à donner mon point de vue à Tizi-Ouzou parce que j’étais gêné par la tournure pro et anti kabyle que prenait la polémique dans les journaux. Il fallait “dékabyliser” le débat et le centrer dans son cadre politique et théorique…. Il est de la responsabilité de notre génération de ne pas transmettre à nos enfants la haine entre groupes sociaux. Pour revenir à l’ouvrage de Saïd Sadi, il a le droit d’écrire un essai d’histoire. Je ferai néanmoins une remarque car Saïd Sadi est un homme politique. Je pense que sa démarche n’est pas cohérente dans la mesure où, d’un côté il critique le MALG et, en cela, il a tout à fait raison et, d’un autre côté, il a soutenu le néo MALG, le pouvoir réel, quand il a annulé les élections de janvier 1992. Il a condamné le coup d’Etat de 1962 mais a soutenu celui de janvier 1992 ! S’il répond que l’armée a sauvé la République en 1992, il doit accepter l’idée que le MALG a sauvé la révolution. Un homme politique doit être cohérent pour être crédible. Il dira qu’il critique le régime, mais en fait, il s’en prend surtout au pouvoir formel, alors que tout le monde sait que Bouteflika n’a aucune autorité. Un ami à Oran me disait : Saïd Sadi critique le pouvoir formel qui est de l’ouest et oublie le pouvoir réel qui est de l’est.» M. Addi qui demande de la cohérence au militant Saïd Sadi ne s’embarrasse pas de logique en ce qui le concerne. Il refuse que l’on ethnicise le champ politique mais endosse la lecture de son ami oranais qui déplore que le pouvoir formel soit à l’ouest alors que le pouvoir réel est à l’est. On ne voit pas pourquoi le pouvoir, réel, formel ou même virtuel devrait, par principe, être de l’ouest, de l’est, du nord ou du sud. A suivre M. Addi, il suffirait d’inverser la formule pour qu’il y trouve son compte, les problèmes de l’Algérie, otage d’un pouvoir pendulaire, peuvent attendre.
    Notre universitaire veut sortir le débat politique des complicités régionales mais absout Bouteflika et ne semble pas gêné par la tribalisation des institutions qui s’accompagne d’un dangereux rejet de l’ouest où, ayant vécu mon enfance pendant la guerre de libération, j’avais trouvé aide et amitié quand cette partie de notre pays s’exprimait par des voix autres que celles de M. Addi et consorts. Enfin, il reproche à Saïd Sadi de ne pas avoir adhéré à sa «régression féconde» qui allait accoucher d’un ordre politique dont il a pris soin de se protéger en désertant le pays pendant toute la période où celui-ci menaçait de se réaliser. Après les manipulations qui ont suivi l’assassinat de mon ami Matoub, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir comment des cadres algériens ayant fui le pays ont retourné leur veste du jour au lendemain pour se mettre en phase avec ceux qui nous expliquaient que nous n’étions pas mûrs pour la démocratie. Le discours préparé dans les cercles d’une certaine gauche française fut ingurgité par des indigènes comme M. Addi qui devaient apprendre la chanson du «qui-tue-qui ?» pour mériter quelques vacations dans certaines facultés ou quelques piges dans la presse au prix du reniement des valeurs de Novembre et de la Soummam.
    L’ivresse de l’arrogance
    Pour M. Addi, toutes les interventions remettant en cause une légalité formelle, pour reprendre son expression, seraient identiques et participeraient toujours d’une démarche putschiste : les acteurs de Novembre seraient des putschistes, et à le suivre, il en serait de même pour Mandela, de Gaule en 1940… Voilà où en sont certains universitaires algériens aujourd’hui. Ce que sait M. Addi et qu’il préfère taire, c’est que des pans entiers de l’armée et la plupart des institutions avaient fait allégeance aux «chouyoukh». C’est la levée en masse des forces républicaines auxquelles il s’est opposé qui ont empêché un basculement qui aurait irrémédiablement mené au naufrage du pays et à l’enterrement définitif du projet de la Soummam. Aujourd’hui que des «naïfs» ont provisoirement sauvé l’Algérie, M. Addi daigne nous rendre visite pour nous donner des leçons de crédibilité et de courage. C’est indigne. Ce n’est plus l’universitaire qui parle mais un «romain» de Sant’Egidio, c’est-à-dire un acteur politique qui, au lieu de s’excuser pour sa désertion et sa félonie, se rappelle à nous pour faire dévier l’histoire et, pourquoi pas, se placer après que d’autres, toujours les mêmes, eurent dénoncé des crimes commis au nom du peuple et qu’il s’est bien gardé d’aborder auparavant. Comme le MALG, M. Addi saisit l’occasion d’un livre écrit sur Amirouche pour attaquer un responsable politique défendant un projet opposé au sien. Pour lui, cela est honnête et cohérent. Si M. Addi s’est invité à nouveau à ce débat dans la presse nationale avec un tel parti-pris, c’est qu’il compte peser dans un domaine qu’il devine important pour la redéfinition de la scène politique. On peut imaginer que M. Addi, en mal de notoriété, ne va pas lâcher sa proie facilement, comptant sur l’usure, le découragement et la censure qui brident les Algériens pour réintroduire ses thèses qui ont scandalisé en leur temps ceux qui sont restés se battre pour l’honneur et la liberté de notre pays. Tant mieux, cela permettra d’éclairer les positions politiques des uns et des autres et, dans ce combat, nous serons toujours prêts pour rétablir la vérité des faits. L’impudeur de M. Addi est un signe important de la crise politique et morale qui frappe l’Algérie. Dans des situations similaires, des gens coupables de ses méfaits fuient, se cachent, se taisent ou, du moins, s’excusent. En Algérie, la confusion qui brouille tous les repères et les protections claniques permettent à la trahison de s’exprimer de façon éhontée. Pourtant, notre histoire devrait vous instruire M. Addi. A la veille du 1er Novembre 1954, des hommes de votre acabit, croyant que le peuple algérien était exclu de l’histoire, manifestaient la même arrogance. On ne peut pas attendre du MALG, qui porte un héritage politique fait de violence et d’échecs, d’être lucide. Il est vain de demander à des personnes comme MM. Boudina ou Mahsas de croire en une vie publique contrôlée par les citoyens. Un vieux trotskiste refuse, par définition, la réalité. Mais pourquoi un universitaire défend-il des idées auxquelles il ne croit pas ? Pourquoi tient-il un discours en Kabylie et avant de soutenir son contraire dans un site Internet moins d’une semaine plus tard ? Pourquoi assume-t-il un pouvoir pour la seule raison qu’il est confisqué par les gens de sa région, un demi-siècle après l’indépendance ? Pourquoi ce dédain laisse-t- il indifférent ? Voilà un vrai problème dans l’Algérie de 2010. M. Addi, les héritiers du MALG, MM. Boudina et Mahsas, qui veulent refaire notre histoire, sont des séquelles d’une mémoire blessée mais en cherchant à brouiller les cartes de la décennie rouge, vous vous essayez, vous aussi, au révisionnisme. Vous êtes plus dangereux car, en vous abritant derrière l’université pour désinformer, vous menacez l’avenir.
    Mauvaise conscience
    Quand je pense que des personnes de ce genre enseignent et décident de l’avenir de nos étudiants, je suis inquiet. Non seulement ces élites ne jouent pas leur rôle dans les luttes démocratiques mais elles sont souvent les premières à attaquer ceux qui ont refusé d’abdiquer. M. Addi, vous avez à peu près le même âge que Saïd Sadi. Pendant que vous construisiez votre carrière à l’ombre du parti unique, il a mené, au péril de sa vie et de sa liberté, tous les combats que des universitaires comme vous deviez porter. Les droits de l’homme, la question identitaire, la laïcité, le statut de la femme, la régionalisation… ont été adaptés à notre histoire et inscrits dans le débat national par Saïd Sadi et ceux, bien rares, qui ont accepté de l’accompagner. Avec un certain nombre d’amis, nous avons longtemps essayé de savoir pourquoi des hommes comme vous s’acharnent contre ces acteurs. Nous avons fini par comprendre. Vous êtes trop vaniteux pour assumer une démission que vous voulez maquiller en essayant de salir ceux qui ont agi au moment où vous vous cachiez. Saïd Sadi et ceux qui se réclament de son combat sont votre mauvaise conscience. A la veille de la commémoration de notre indépendance, des anonymes bannissent des citoyens au motif qu’ils sont originaires de Kabylie, un aventurier «en vitesse de croisière» sermonne, au nom du peuple, un responsable qui dénonce un crime symbolique, un «ministre malhonnête» insulte Abane, un messaliste étranger nous fait la leçon du patriotisme et un universitaire renégat s’affiche comme arbitre de la conscience nationale.
    L’espoir
    Tous les intellectuels, heureusement, ne sont pas frappés par votre cynisme. J’ai vu, dans l’émigration, des Algériens, universitaires, fonctionnaires, journalistes ou autres qui ont fui la barbarie vivre dans la pauvreté et la dignité au moment où vous viriez votre cuti pour être dans l’air du temps. Il y a deux mois de cela, des universitaires de Constantine ont organisé un colloque sur Amirouche. Ils m’y ont invité ainsi que Saïd Sadi. N’ayant pas pu participer à leur rencontre, un des initiateurs hospitalo-universitaire eut l’amabilité de m’envoyer une figurine célébrant l’évènement. J’en fus sincèrement ému. Il a adressé à Saïd Sadi un de ses ouvrages de médecine. Je ne résiste pas à l’envie de vous rapporter une partie de sa dédicace. «Au docteur Saïd Sadi. Pour le combat citoyen que vous menez… En vous écoutant de temps en temps, j’ai comme l’impression que vous dites à certains : je comprends votre lâcheté, respectez au moins mon courage. Merci pour ce que vous faites pour notre chère Algérie.» Je remercie du fond du cœur les universitaires comme ceux de Constantine qui activent pour leur pays dans l’anonymat et les anciens maquisards qui ont trouvé la force de s’exprimer librement et dignement dans un débat qui a failli être détourné, une fois de plus, par ceux qui ont séquestré les martyrs et endeuillé la nation. Leur action éclaire malgré tout notre quotidien dans ce 48e anniversaire d’une indépendance confisquée. Au lieu de protéger notre histoire en organisant des débats libres et contradictoires en vue de laisser la jeunesse algérienne découvrir la vérité et le rôle de chaque acteur afin de lui permettre de se construire dans la clarté, le pouvoir confisque notre passé pour renforcer ses privilèges et multiplier ses sectes. On vient d’annoncer officiellement que la commémoration de l’indépendance devait se faire sous le haut patronage du chef de l’Etat. C’est la kermesse. Y a-t-il meilleur aveu des dirigeants algériens pour nous dire que l’histoire nationale est une foire où les plus malins savent se servir ? Tout cela se passe dans le pays des hommes de Novembre et de la Soummam.
    N. A.-H.
    * Député RCD.
    Le soir d’algerie le 07 /07 /2010

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